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Le Biotope

De l'impact du biotope sur l'efficacité du chien d'arrêt et de celle de son maître.

Le confinement initial en cages de rappel

Au début de ma carrière, mon père et moi lâchions des perdreaux en utilisant des cages de rappels pour essayer de reconditionner les oiseaux lâchés dans un environnement semi-naturel. Cela avait pour conséquence de cantonner les oiseaux, et sur ces oiseaux-là, nous pouvions travailler nos futurs chiens de compétition.

Les cages faisaient 2 m de long sur 1 m de large et 50 cm de hauteur. Nous laissions le couple ensemble pendant 8 jours. On les nourrissaient dans les cages. Autour de la caisse, nous mettions de la nourriture et une protection électrique avec le courant alternatif pour éviter que les nuisibles attaquent la cage. Une fois que les oiseaux étaient habitués, nous lâchions le mâle à l’extérieur de la caisse et le mâle avait pour conséquence de reconnaître les lieux. On dérangeait le mâle et on faisait du travail d’arrêt sur lui.

Le mâle faisait de courts vols de 50 ou 100 mètres autour de la cage. Mais le mâle, attiré par la femelle, revenait toujours à proximité immédiate.
Il trouvait à boire et à manger près de cette cage.

Le renouvellement de l'opération sur un autre couple d'oiseau


Au bout de 10 à 15 jours, nous lâchions alors la femelle. Le couple était bien formé à l’extérieur et on le trouvaient à proximité de la cage pour se nourrir le soir. On le dérangeait et à force de le déranger, il allait de plus en plus loin et nous mettions un autre couple dans la volière pour faire la même chose.

Si le couple qui était à l’extérieur allait trop loin, on  lâchait le mâle du 2e couple et on utilisait le même procédé. Il se trouve que ces couples qui étaient à l’extérieur, qui savaient, s’ils avaient faim, où se procurer à manger (à proximité de la cage), si ce couple-là résistait à l’extérieur, il avait un comportement d’oiseau sauvage.

Une adaptation des perdreauxau biotope

Il se trouve que j’avais implanté une cage de rappel à proximité d’une pâture qui faisait 10 hectares et ce champ était relativement ras, il faisait environ 5 cm de hauteur d’herbe. Le 1er couple qui s’était formé et vivait en vie semi-naturelle à l’extérieur et qui se rapprochait de la cage se cantonnait au milieu de ce champ de 10 ha.
Au début, nous prenions assez facilement des arrêts (en terme de cinophile on parle de points) sur les perdreaux et au bout d’une semaine ou 2, ces points-là étaient de plus en plus difficiles à prendre et les oiseaux partaient de plus en plus loin. Ils ont fini par avoir un comportement quasiment sauvage. Ils étaient inabordables dès l’instant où on rentrait dans le champ, les perdreaux partaient à 200 mètres.

J’en déduis le  comportement des oiseaux : s’ils obtiennent un certain atavisme, une certaine notoriété dans la nature, ils deviennent facilement sauvages et se comportent par rapport au biotope dans lesquels ils se trouvent.

Les perdreaux tchécolslovaques

La preuve à l’appui est la suivante : la même année, mon père avait acheté 20 couples de perdreaux tchécoslovaques qui avaient été pris au filet par  la  fédération (des perdreaux sauvages). Ont avaient lâché ces couples-là et deux d’entre eux s’étaient cantonnés dans un chaume avec une repousse de trèfles. Il y avait une végétation de 20-25 cm avec des touffes de trèflesplus importantes . Dans ce champ il y avait nos perdreaux qui étaient sauvages, ils se laissaient parfaitement arrêter, ils étaient beaucoup moins farouches que dans ce champ où étaient les perdreaux d’élevage.

J’en déduis que le comportement des oiseaux est en rapport au biotope dans lequel ils sont. Et ça, j’en ai la preuve depuis ce moment-là.

D’un autre côté, les perdreaux d’élevage qui vivent une vie semi-naturelle lorsqu’ils sont dans la végétation se laissent approcher sur les arrêts des chiens.

La bécasse en sous bois

Un autre exemple : la bécasse, c’est pas compliqué : vous avez beaucoup de mal à l’approcher dans les bois relativement clairs ou sous les sapinières. Sous les sapinières, les aiguilles de pin ont étouffé la végétation à cause du manque de luminosité et les oiseaux ne se laissent pas approcher. La même bécasse qui est inapprochable dans ce biotope de végétation étouffée à hauteur de sol, va se poser dans une double haie sur les côtés de laquelle il y a un rideau de ronces, de grandes herbes qu’on appelle les carex.

Cette bécasse va se faire approcher sur l’arrêt du chien à 2-3 mètres de lui, voire un mètre. Donc le comportement des oiseaux est en fonction du biotope.

La végétation Andalouse

Voilà un autre exemple frappant : j’allais préparer mes chiens en Andalousie en vue des compétitions de printemps. Au mois de janvier, quand il n’y a pas beaucoup de végétation en Andalousie, il est impossible d’approcher les oiseaux. Et ces mêmes oiseaux-là, vous les approchez  à l’arrêt à 3-4 mètres  au même endroit lorsqu’il y a de la végétation de 20-30 cm qui a poussé. Ils ont un comportement beaucoup moins farouche.

Donc au mois de février, vers le 15, quand la végétation est à 30 cms de hauteur, les couples de perdreaux qui sont inapprochables mi-janvier le sont parfaitement et négociables à l’arrêt du chien et volent à 3-4 mètres du chien.

On l'appelait "le râteau"

Dans les années 80, j’avais une chienne qui était extraordinairement méthodique à la chasse. On l’appelait « le râteau ».
Elle arrêtait parfaitement bien, c’était une chienne d’une maîtrise totale par au rapport du gibier et au blocage sur gibier. Après avoir fait son championnat, son propriétaire me téléphone en me disant qu’il ne comprenait plus rien. La chienne avait 4 ans ½, elle n’arrêtait plus.
Alors, j’ai pris des renseignements  à propos du comportement de la chienne. En fait ,il y avait des faisans dans le bois, les faisans couraient et la chienne suivait les faisans en marchant, elle ne les bloquait pas.
- Je demandais « l’année dernière, elle les bloquait  dans ce même territoire ? »
- Le propriétaire me dit « non, cette année, j’ai changé de chasse, le territoire de l’année dernière était différent ».
- Je demande « comment est ce territoire-là ? »
- « c’est un bois qui est relativement clair et la double végétation du bois est assez importante et a étouffé la végétation au niveau du sol et c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de ronces ni de fougères et quand on lâche des faisans, ils n’arrêtent pas de courir ».

Donc si ces mêmes faisans avaient été lâchés dans la chasse qu’il avait l’année dernière, la chienne les aurait arrêtés parfaitement bien, les faisans se seraient laissé bloquer dans la végétation.

C’est encore une preuve que le biotope y est pour beaucoup.

Conclusion, comprendre le biotope de l'animal, c'est anticiper son comportement

Il y a des chiens que je vends à des chasseurs qui chassent dans certaines chasses, et bien même s’ils n’ont pas un instinct d’arrêt extrêmement prononcé, ils s’en sortiront (par exemple, du côté de St Pol de Léon, dans les betteraves ou les choux-fleurs). Par contre, s’ils se trouvent dans un endroit où le gibier ne se laisse pas bloquer par la végétation, il aura des problèmes pour bloquer ce gibier.

Donc c’est intéressant quand on me demande d’acheter un chien de prendre des renseignements sur la chasse dans lequel le chien va évoluer.

En résumé : je pense qu’il y a des territoires dans lequel le biotope est très disposé au travail facile et il y a d’autres territoires qui sont plus difficiles pour réaliser des arrêts et le blocage du gibier. Il faudrait que chaque chasseur puisse se rendre compte de ce problème pour pouvoir mieux le maîtriser. Ils auraient alors beaucoup plus de plaisir à sortir leur chien.
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